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Éditions & Publications

avril 2017
Édition du catalogue : Galerie MLS
À la table de Pirosmani
N°ISBN : 978-2-9534842-2-4

 

Chercher la petite bête & Co

2016
Édition du catalogue : Galerie MLS
Chercher la petite bête & Co
N°ISBN : 978-2-9534842-1-2

 

cataloguemendoza

2013
Édition du catalogue : Galerie MLS
Puebla
N°ISBN : 978-2-9534842-5-0

Alejandro Lopez en avril 2013 poussait la porte de la Galerie MLS pour nous faire découvrir l’univers plastique de ses parents vivant et travaillant à Puebla au Mexique. Il désirait ardemment les voir occuper les cimaises investies alors par Gildas Bourdet Au coeur de la peinture – Cartographies de l’invisible.

Il ouvrit son ordinateur. Avant de rallier les oeuvres de ses parents, nous découvrîmes les magnifiques tableaux d’Alejandro, correspondant au protocole de ses recherches mathématiques appliquées aux science médicales. Le pronostic des ischémies cardiaques sans intrusion risquée dans l’organisme est l’objet de la thèse qu’il soutiendra en novembre prochain. Les images fabriquées par l’intelligence artificielle de ses ordinateurs présentaient des ressemblances troublantes avec les minutieux tracés manuels de Gildas Bourdet, plasticien, homme de théâtre et passionné de physique quantique. Alejandro réfléchit avec nous sur le Hasard à l’oeuvre en compagnie des Amis du 123 quai des Chartrons, réunis le 10 juillet dernier.

Explorant à cette occasion les potentialités plastiques de l’intelligence artificielle, il participera le 23 octobre, avec les Grands, à l’exposition internationale Art et Intelligence artificielle à Bordeaux I.

Le corps de l’homme, sa précarité, et l’intelligence requise pour sa réparation, mobilisent l’énergie du jeune mathématicien, avec la liberté, la grâce de celui qui a grandi dans l’univers sensible, joyeux et grave, de deux artistes, ses parent.

Adolfo Lopez Ruiz, son père, ingénieur concerné par le destin de son pays, risque à 20 ans son avenir afin que la révolution institutionnelle s’incarne au quotidien.

Il se consacre à la peinture, exclusivement, depuis 10 ans et nous livre aujourd’hui à Bordeaux Cuetzalan : en rose, en bleu, en vert; à l’aube, le soir et à midi.

La rue monte vers l’église; une silhouette s’éloigne avec son âne, dans la fraîche lumière bleutée du regard intérieur. Regard d’un homme qui nous donne à voir ce qui pourrait exister encore… Les hommes, aux jours de marché, paraphent avec une simplicité raffinée, une architecture claire sous un ciel ouvert. Les horizontales des avant-toits, les tendelets sur l’étal du marché, les ombrelles, les sombreros des flâneurs, planent telles des mains bienfaisantes sur les édifices, les campements éphémères, la silhouette des hommes.

Pour atténuer l’éclat du soleil: un abri fragile, sous le ciel immense, qui délimite l’espace protégé da la sieste, des négociations, conversations et déambulations des hommes. Visière pour notre regard qu’un rien aveugle et qui nous portera le plus loin possible.

Vers l’origine enchantée, qui est aussi notre destination, recrée par Adolfo Lopez Ruiz avec une précision, une musicalité qui nous enchantent. Il sera bienvenu à la galerie MLS.

Norma Rincon Mendoza, sa femme, a toujours peint. Epousant les méandres de sa vie intérieure, et captivée par la pulpe du Monde, la palette éclatante des perroquets sauvages, qui couvrent de leur vacarme la fin du jour, et les fruits généreux qui poussent tout seuls : pastèques, grenades et pommes au nid.

La chair des fruits se confond avec la texture de la peinture, ses pigments intenses et quasiment radioactifs. N.R.M s’inscrit dans le sillage bipolaire de Van Gogh et Gauguin, dont elle revisite les oeuvres lors de ses séjours en Europe. Le pointillisme très sonore de l’artiste confère aux fruits tranchés l’intensité intemporelle des mosaïques antiques, réchauffées dans son cas, par la luminosité des impressionnistes qu’elle affectionne aussi.

01/10/2013

M-L.S

scanecoleduregard

2007
Édition du catalogue : Galerie MLS
L’école du regard. Les artistes indépendants dans l’ex R.D.A..
Réédition juillet 2009.
N°ISBN : 978-2-9534842-0-5

Cette publication réunit une sélection de reproductions d’œuvres des artistes que la galerie a accueilli à ce jour ou programmera dans le courant de l’année 2009/2010. Stefan Plenkers, Peter Makolies, Marion Stille, Sabine Peuckert, Martin Enderlein, Wolfgang Leber, Micha Reich, Hans Vent, Lothar Böhme. Un ou plusieurs textes présentent et accompagnent la démarche de chacun des artistes. Ce catalogue permet à la galerie MLS d’affirmer sa volonté d’épauler et de défendre au mieux les artistes qu’elle choisit de montrer. Cette édition, publiée avec l’aide du studio ICP, sert également à présenter le travail de la galerie auprès des institutions, des collectionneurs et des professionnels de l’art.

« La Galerie MLS à Bordeaux, 123 Quai des Chartrons, s’applique à favoriser la découverte d’artistes exigeants de France, d’Europe et du monde. Leurs oeuvres au large de la provocation consensuelle, du pathos de circonstance, tout comme des bricolages visuels sans âme, relèvent le défi d’une démarche lisible, nourrie des intuitions et savoir-faire accumulés, et cependant nouvelle. Ces oeuvres qui cristallisent une histoire individuelle et collective nous renvoient à nous-même.

De Mai 2007 à mai 2009, la galerie s’est attachée à mettre en lumière un pan de la création indépendante allemande restées pour des raisons politiques et économiques dans l’angle mort des logiques du marché, quoique archivée, analysée et exposée dans les sanctuaires de l’art moderne et contemporain, telle la Neue Nationalgalerie de Berlin. Les expositions permettent d’accéder à une production longtemps tenue à l’écart des circuits dessinés par les politiques culturelles institutionnelles allemandes dans l’ex R.D.A et dans la République fédérale d’aujourd’hui.

La découverte de ces artistes est indissociable de Jean-François Lasserre. Son regard opère encore.

Le travail de la galerie, à travers la symbolique des oeuvres et le savoir-faire des artistes, éclaire la compréhension des enjeux de la création et la circulation des valeurs. Ces artistes en effet, qui ont élaboré leur oeuvre dans l’ex R.D.A, se sont adossés à la modernité classique européenne et française en particulier pour résister aux injonctions de la politique culturelle impulsée par la S.E.D, le parti socialiste unifié d’Allemagne. Ils ont, au large de l’art conceptuel, en marge du Réalisme socialiste, creusé leur propre sillon, avec la seule préoccupation de donner suite et forme aux composantes les plus personnelles de leur rencontre avec le monde ; en assurant la transmission de valeurs au sein de « Zirkel » d’excellence qui constituèrent une académie alternative.

La galerie Mitte crée dans les années 1970 et dont la survie est menacée aujourd’hui, ménageait la monstrations des oeuvres pour un cercle de fidèles passionnés. Le naufrage, corps, biens et valeurs, programmé par la deuxième Guerre mondiale a suscité chez ces artistes défiants à l’égard des idéologies, la volonté de recentrer leur vie sur l’homme résilient à l’épreuve de l’histoire, qui purge sa perception du monde et de lui-même de ce qui l’aliène. La modernité classique, Cézanne, Seurat, Matisse, Léger, Morandi, Picasso, et au-delà les aînés prestigieux qui ont ponctués la succession des siècles, sont leurs seuls maîtres. Leur seule école, celle du regard. Regard non prévenu qui embrasse une réalité donnée que la main restitue, en son âme et conscience. Résistance bifrontale : tout à la fois émigrants de l’intérieur au sein même de la R.D.A et sourds au « chant des sirènes » du bloc occidental qui n’a pas manqué de récupérer, instrumentaliser et promouvoir les artistes plasticiens de Berlin et de Dresde qui, durant la guerre froide, de gré ou de force, ont fui la R.D.A : Georg Bazelitz, A.R Penck et Gerhard Richter.

Notre ambition sera partagée. Par ceux – chacun à sa manière – qui sont convaincus que les artistes surexposés aux intempéries sont nos précieux vigies tout au long de notre humaine traversée. Dès lors qu’ils ne friment ni ne hurlent avec les loups. »

M-L.S

scanfalco2014
Édition du catalogue : Galerie MLS
Les Contes de Falco & Co
N°ISBN : 978-2-9534842-6-7

Joachim Falco vit et travaille en Catalogne à Manresa, berceau de l’ordre d’Ignace de Loyola. Il a investi l’étage supérieur d’un atelier de confection, jadis cheville ouvrière de la prospérité industrielle de Barcelone, à l’issue de la Deuxième guerre mondiale. Tandis qu’il stocke ses oeuvres dans les ateliers de l’entreprise métallurgique qui dirigeait sa famille, qui habite encore les étages de l’immeuble.

Quelques panoplies d’outils, des machines immobilisées, rappellent l’affectation passée de cet espace, sans l’encombrer. Elles constituent des installations mémorielles de l’activité familiale ; leur présence est l’occasion pour Falco de dire sobrement sa défiance à l’endroit de ces protocoles spéculatifs qui ne font qu’enrichir le de commerce de l’art.

Les toiles ici stockées, souvent de grande envergure (130x300cm), sont en sécurité sous les appartements encore habités par certains membres de la famille large, et matérialisent la contribution propre de l’artiste à la production de l’identité familiale. Les activités métallurgiques ont désormais émigré vers la périphérie.

Le travail de Falco s’effectue à distance de son point de départ vers lequel il convoie ses oeuvres quand elle sont achevées et disponibles pour les expositions internationales qui se multiplient ces dernières années. Il travaille donc dans l’espace traversant d’un atelier de confection désaffecté, percé de nombreuses fenêtres; il travaille à même le sol, connecté au Monde par les nombreuses cartes de géographie, certaines très anciennes, épinglées sur les murs.

La petite fille qui se pose tel un papillon sur les placnhes d’illustration, le seau à la main, armée de sa pelle – ele évoque le délicieux paravent de Bonnard – ,né en Chine, grandit à Manresa entre l’artiste et sa compagne. Petite flamme vive de l’Altérité, indissociable pour l’artiste de la quête de soi.

Il a fait sa cantine de magnifique espace de restauration en face de son lieu de travail dont il assure aussi la communication visuelle; cet établissement, aménagé aussi dans un ancien atelier de confection aux magnifiques voûtes, insère et réinsère, dans le raffinement optique et gustatif, la main d’oeuvre singulière de jeunes qui apprivoisent ainsi leur handicap pour eux-mêmes, et pour nous.

L’oeuvre picturale de Falco atteste une familiarité des choses, des outils, des décalages et la force de s’impliquer dans cette actualité sensible, existencielle et politique au sens large du terme.

Il nous restitue un catalogue des mythologies d’aujourd’hui, au sens Barthien du terme*, incorporant celles d’hier.

La machine à coudre , empreinte charbonneuse qui imposait jadis à l’atelier de confection sa cadence, insiste sur la toile à la manière d’un gros matou vaguement inquiétant. La chaussure de sport, leurre de la démocratie vestimentaires, sacralisée et surdimensionnée (jusqu’à 130x300cm), rejoint la longue voiture qui transporte la famille de Pau telle une chaussure géante à roulettes.

Les coulures ouvrent l’existence fermée des choses à l’appropriation du regard, trivial écho au sang qui s’échappe des blessures christiques dans l’iconographie de l’art sacré espagnol. La couleur rouge, l’abondance de la matière picturale, incorporent et restituent quasi mimétiquement la densité des échanges et des émotions.

La palette du peintre est le champs clos de tous les combats, sceau apposé sur ses variations des Ménines de Vélasquez. Constituant la litière d’un visage esquissé, schématique et non moins expressif, ou d’une scène enfantine. Tel l’épais tapis de feuilles à l’automne, litière du vent, de la lumière et des pas du flâneur.

Le gonflement organique de la matière picturale est en instance de décollage pour le Monde à trois contes pour enfants**, Premier amour, Première jalousie, et Les familles de mon école – textes de Marie Angels Riu-, outre partie du bestiaire de Falco.

L’enfant découvre et apprivoise les étapes décisives de son éducation sentimentale, et les difficultés de la coexistence pacifique avec autrui, proche ou lointain. L’apprentissage de la vie est une entrée en peinture avec une liberté, une fantaisie, une tendresse singulières, mimétique des émotions, des injonctions, de la sensualité qui investissent tôt l’enfance et que l’artiste adulte se garde d’oublier.

Picasso, le Catalan mirobolant qui règne sur l’après Cézanne, avec les Grands d’Espagne – Vélasquez, Goya – est pour Joaquim Falco une source inépuisable de force et de liberté créatrices.

M-L.S

scanmarionstille

2012
Édition du catalogue : Galerie MLS
Marion Stille – Dessins et Peintures
N°ISBN : 978-2-9534842-1-2

Marion Stille est paysagiste ; le paysage réel est intégré au tableau sans être topographiquement identifiable. Il est appréhendé d’abord à la faveur de dessins à la plume, de gouaches sur papier, de format modeste, qui captent l’esprit du lieu. Le motif est fixé avec les résonances qu’il suscite. Les lignes de forces, les sonorités, la lumière sont notées ; le croquis est accroché aux murs de l’atelier pour mémoire et réactualisation de cette rencontre initiale qui va se déployer, s’accomplir à la surface de la toile. Cet aide-mémoire reconnecte l’artiste avec ce moment donné de son existence, dans un lieu d’élection, défini génériquement comme « Stadt, Fluss, Ebene, Gebrige, Meer » (ville, fleuve, plaine, mont, mer).

Le mouvement se matérialise, la masse devient lumière. Les bleus, les ocres et les gris de Marion Stille renvoient à la perception des paysages de la nature : ciels ardoisés, champs lacérés de gris, tavelés de pluie, fleuris d’ocre substantiel, noyés de gerbes d’écume.

Le feu couvre et se propage sur la toile, innervée de traits qui s’éploient et se resserrent, à l’instar des chemins, des voies d’eau, des lanières végétales qui permettent et inscrivent sur la terre les allées et venues des hommes.

Les toiles de Marion Stille sont habitées sans qu’y paraissent les hommes.

L’érection tectonique des monts et des villes, les fleuves qui se rendent à la mer, l’effusion de la couverture végétale sont incorporés par l’artiste qui les accueille, les fait vivre en elle. Elle en capte l’énergie, la substance colorée, son propre souffle confondu avec l’esprit du lieu. Lors de la rencontre initiale, ultime ou renouvelée dans la douceur. Moins l’usure.

L’eau qui coule sous sa fenêtre, la montagne entre-aperçue de très loin, à l’autre bout du monde, requièrent également ses soins.
Marion Stille peint sur toile ou sur un carton épais à l’huile ou a tempera. Elle travaille aussi à fresque dont elle enseigne l’art au sein des ateliers des Musées nationaux de Berlin.
Son mari Johannes Bauer est un trompettiste renommé. Elle vit et peint dans le sillage de la musique plus que des mots.

Le nom de sa mère, Stille, signifie silence.

M-L.S

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Rolf Lindermann est né à Magdebourg en 1933. Il aura 80 ans l’été prochain. C’est un jeune homme qui escaladait à l’automne 2011 la dune du Pyla pour surplomber l’Atlantique qu’il découvrait. Le cœur tient bon quand il le faut!

Son oeuvre l’avait précédé à Bordeaux en février 1987. L’affiche de l’exposition d’alors (à la Galerie des Beaux-Arts e Bordeaux) -Sept peintres berlinois à Bordeaux- reproduisant Das Paar, fraîche aquarelle de Lindermann – tons acides; grâce pataude, lignes expressives raffinées et audacieuses. Lindermann inscrit dans le double sillage de l’Expressionnisme allemand et de la modernité classique française, démentait exemplairement les stéréotypes véhiculés hier et aujourd’hui, sur la peinture de l’Est à l’époque de la Guerre froide.

Le peintre a aimé s’assurer que ses œuvres, bien arrivées consonent  sur les cimaise, chacune d’entre-elles exhalant tout son parfum. Assister ainsi à leur premier pas en terra integonita, lui donner l’occasion de découvrir un nouveau visage de l’Europe longtemps confisqué, tout en se ré-appropriant son identité à travers le regard étonné de l’Autre. Rebondir vers de nouvelles explorations de soi, en synergie avec le monde, c’est aller son chemin.

L’univers de Lindermann ne prétend, pour autant, à l’exhaustivité. L’artiste aura -somme toute- assez peu voyagé : à Paris en 1974, à Leningrad, en Hollande, à Londres. Tous les lointains réunis ne valent pas Collinshof Uckermark revisité chaque été 25 ans durant. Fourrés, chemins, jardins, collines sont familiers, et neufs à la moindre fibrillation de la lumière et du cœur. Le diable le sait, se cache dans les détails… la mine est la même, toujours ; les traits jamais! Le proche n’est-il pas l’infini à porté de l’homme et de chaque instant, à condition de  mobiliser intelligence et sensibilité ; faute de quoi, seule la fuite perdue pourra conjurer le vide.

R.Lindermann, à l’égal de ses amis berlinois, est très inventif dans le cadre limité de thèmes de prédilection, par ailleurs chers aux artistes de la modernité classique : paysages, ateliers, natures mortes et portraits – pour la plupart couples ou autoportraits.

Tournant le dos au réalisme socialiste narratif et illustratif, il réinterroge la figuration, en quête d’une forme expressive qui intègre sa perception de la réalité, physique, intellectuelle, émotionnelle. En mobilisant , sans restriction, toutes les armes de la peinture, du dessin et de la gravure, à l’exclusion de tout autre moyen.

A 19 ans, il maîtrise parfaitement son métier. En témoigne le chantier de Stralsund qui évoque les splendides Marines de Manet aux noirs profonds, lissés par le contraste des ocres et des sables crayeux. Ce chantier de 1952, exercice d’école, thème fondateur de la geste socialiste est traité avec justesse et simplicité, haussée à la hauteur d’une métaphore existentielle, les navires, sous un ciel d’ardoise, barrant la vue de la mer à laquelle ils se destinent. Prisonniers de leur propre masse, faute de partir.

La force bridée du portrait d’Anne et de l’autoportrait du jeune artiste au menton carré, retranché derrière ses lunettes, évoque une tension pareille, vers l’artiste accompli qu’il sera devenu 60 ans plus tard.

De la même époque, le dessin à la mine de plomb de sa grand-mère, triomphant du poisson qu’elle écaille entre ses jambes, intercepte la même énergie bandée. L’accointance originelle et culturelle avec la caricature, la grotesque qui témoigne tour à tour d’une proximité fraternelle ou d’une brusque mise à distance, s’allie, chez le tout jeune Lindermann avec l’inimitable tremblé qui cisèle les dessins de Rembrandt dédiés à sa mère et au grand âge. Jusque dans les années 1970, les travaux de l’artiste révèlent la passion de la réalité qui s’offre à lui, le plaisir d’enlever son sujet à la perfection, sans prétendre bousculer les usages et notamment la perspective.

Puis l’espace se déplie sur l’aplat du support : natures mortes, jardins, rivières, montagnes, s’étagent, cloisonnés et profus, telle une tapisserie de haute lisse. A ceci près que le trait, non tempéré par la laine et sa mise en oeuvre, exalte une acuité quasi dérangeante, une vie intense et provocatrice.

Les aquatintes, tour à tour dominantes et au bord de l’effacement semblent obéir étroitement aux impulsions formelles et émotionnelles de l’artiste. L’encre irrigue et féconde la tectonique des montagnes et des champs, mimétique de la genèse elle-même. L’impact sur le regard est proche de celui opéré par les peintres-calligraphes chinois.

Le couple, sujet récurrent, figure la tentative de dialogue, de rapprochement avec l’Autre, si désirant et si différent. L’idylle et l’enchantement sont rarement au rendez-vous. Toutefois, la virtuosité congédiée, les visages massifs s’aimantent, gravitant tels les astres maladroits, malgré tout l’un vers l’autre. La justesse du trait au delà de la brusquerie et des tumescences disgracieuses au premier regard, accorde une dignité formelle à ce qui est célébré sous notre regard. La substance colorée, assumant les dissonances et écarts immédiats, subtilement audacieuse et raffinée, est portée par un pinceau sans repentirs qui déroute et satisfait. Echo à Franz Hals.

Rolf Lindermann ponctuerait ces prestigieux cousinages virtuels d’un sourire pudique, d’assentiment et de gratitude. L’homme en effet n’est pas bavard ; plutôt discret. Sa saisie de la réalité, en tant que plasticien est, en revanche, sans le moindre à priori, concentrée et déterminée. Etonnamment roborative.

Aujourd’hui comme hier, Rolf Lindermann est étranger à tout ce qui relève d’un consensus esthétique. Maître-graveur, dessinateur très averti et peintre audacieux, il obéit à la seule intimation de son regard intérieur qui métamorphose visages, groupes de personnages, paysages, ateliers et appelle l’exploration d’une forme particulière. Sans fioriture, déconcertante, décapante. Dans l’oubli d’un long savoir et d’une virtuosité au service de l’avènement de ce qui nous échappe : nos grimaces, notre étrangeté… Notre humanité?

M-L. S, le 14 mars 2013