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La mer en vue — Michael et Sylvia Hegewald, Régina Engel

La mer en vue

Michael & Sylvia Hegewald, Régina Engel

 

Michael et Sylvia Hegewald vivent et travaillent à Berlin.
Sur ce terreau, les deux artistes ont grandi. Leur cœur bat au rythme de la grande métropole de l’exRDA. La mer en vue libère l’horizon confisqué par les façades sévères qui enserrent la rue. L’horizontale noire de la mer est la promesse d’un horizon illimité, elle scénarise le motif, phare, château d’eau, remblai bétonné incisé par un chemin qui mène vers la mer, épiphanie, confondue avec le surgissement du tableau qui, à son tour, réactualise cette claque de la mer, reçue en plein cœur par le petit berlinois de sept ans, au débouché d’un cordon dunaire, sur l’île d’Usedom.
La mer, en effet, est la limite formelle qui endigue et autorise la construction du motif, lequel n’est pas réaliste et topographiquement exact mais métaphorique. Ces maisons fermées, souvent inachevées, taillées à la serpe sont plus précaires encore que le vide et le vent qui les séparent. Le manège est bâché, les voiles affalées pour traverser le temps, l’hiver désert.
Tous feux éteints.

Le phare dialogue avec le château d’eau.
Les berges de terre, de sable et d’eau, baignées de lumière,  attestent un voisinage tout à la fois improbable et irrécusable.
Les verticales, phares, lampes, les toits rabattus, la géométrie poétique des menus reliefs de l’été assemblent des signes qui matérialisent des éléments essentiels de la vie écoulée.

Issus d’espaces géographiques différents, ils sont conciliés par le désir secret du peintre épris d’ailleurs qui reviennent au même.
Une lampe de Toscane, un fronton du Portugal, une plaza espagnole.
Les maisons dorment au seuil de la mer, louve noire.
La lune neigeuse écrase les toits, les murs et les places sous son rouleau compresseur de soie bleue.
La mer en vue, Berlin am Meer, attestée par les sables épais que la mer diluvienne a laissés.
La mer en vue, la mer en nous.

Retrouvée.
MLS