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Metanoia — BKB Kühlewind Brennensthul

BKB

20 septembre – 5 décembre 2014

 

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Propos d’Artiste lors du passage du bus de l’art Contemporain le 16 novembre 2014 à 17h.

BKB s’ouvre aux nombreux visiteurs.

Dimanche – La robe aux bateaux, 2007, gouache, fusain sur journal

« Ma mère n’était pas très riche et cousait tous les vêtements pour nous. C’est tout simple, c’est le dimanche matin, quand j’avais 7 ans, j’avais une robe à petits bateaux envoyée par ma tante préférée. C’était la robe pour dimanche. »

« En prison, pour dessiner, je cachais les allumettes pour ne pas que le gardien me les prenne. Chaque jour c’était une sorte de guerre. Ca fait vivre. On se trouve seule avec soi-même. Après on réalise que c’est bien. D’abord on pleure. J’ai été isolée jusqu’au procès. Je ne sais pas quand je sortirais. Avec la distance on peut rigoler.  »

Sans-titre – MOI, 2007, gouache, fusain sur papier journal :

« Ca, c’est sur du papier journal de l’Est. C’était février 89, un journal communiste, avant la chute du mur. » – [voix off M.-L.S.] La RDA se considérait comme la seule digne de recueillir l’héritage culturel et historique de l’Allemagne. De là, le titre du journal de référence La Nouvelle Allemagne – Neus Deutschland

Le bel animal est mort, 2007, Tempura à l’œuf sur papier craft:

« J’avais une relation avec un très bel homme, c’était un bel animal. C’était magnifique, très littéraire…Mais c’était trop dur. Mais j’ai connu quelque chose de fort…C’était une très belle histoire mais j’étais soulagée quand c’est fini parce que c’était un bouffeur d’âme ».

Bien accrochée, 2007, Gouache, sur papier craft, fusain :

« La grosse forme et la petite forme, la maman et le petit qui ne peut pas s’échapper. J’ai utilisé de petits tampons en fer de mon père. La morale, pour une fille, ne pas sortir, c’était important. J’ai grandi avec ça, ça fait des blocages. Mes toiles, c’est léger mais c’est pas vrai. Ca se montre comme une légèreté mais au fond….Cette année je suis allée en Allemagne voir ma mère, je reste le bouc émissaire. J’ai réglé beaucoup de choses. J’étais enfermée dans la cave toute une journée dans le noir, je jouais avec les pommes de terre. Elle avait vécu ça elle-même avec sa mère. Mon père…Il n’a jamais rien dit. Il a eu peur de ma mère. C’est très banal, tout le monde connaît des histoires comme ça plus ou moins. Il y a des drames, même dans la bourgeoisie. » – [voix off M.-L.S.] La figuration consciente de cette enfant arraisonnée par sa mère évoque aussi la porte de sa prison transportée sur sa remorque. Vingt ans après les faits elle a démonté la porte lors d’un retour sur le site de la prison abandonnée, qu’elle a installée après avoir traversé l’Allemagne et la France, au cœur de son atelier à Lamanère. Elle a ainsi ramené le trophée de sa liberté reconquise à jamais. 

Rouge baiser, 2011, gouache, fusain, craie :

« Ca, ca s’appelle Rouge baiser, des tas de petites taches de vernis à ongles. Parce que ça surtout pas ! Je ne pouvais pas en porter. Aujourd’hui je n’arrive toujours pas à mettre du rouge à lèvres, ça m’angoisse, je ne peux pas sortir avec, même pas pour le Carnaval. C’est un enfermement. Mais en même temps je ne veux pas faire de drame, parce que la vie c’est léger aussi. J’essaie de rajouter un élément ludique ou étonnant. »

Manresa, 2007, gouache :

« Je prenais des vacances, seule, c’est important d’être seule pour ne pas perdre la profondeur. Je suis allée au sud de Barcelone, au delta de l’Ebre. J’avais amené une biographie de Joseph Beuys, d’ailleurs Metanoia c’est lié à Joseph Beuys. Un grand créateur. Il faut le connaître si l’on s’intéresse à l’art. Je lisais donc sa biographie dans ma voiture. J’étais là-bas, à Manresa près de Montserrat, Joseph Beuys y habitait parce qu’il était malade et que c’était un haut lieu religieux. Metanoia c’est grec et ca veut dire « on change l’intérieur, on change sa façon de voir les choses, toutes ses actions. »

Et j’étais là sur le sable, pendant 4 semaines, toute seule avec le livre, avec la mer. »