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La poire dans l’oeil — Margot Sperling

La poire dans l’oeil – Margot Sperling

 

Margot Sperling, née en 1939, a vécu et élaboré son œuvre à Berlin-Est, dans l’ex RDA, à distance du réalisme socialiste et de ses réseaux. Elle a choisi de renoncer aux facilités réelles, consenties aux artistes politiquement corrects, par la politique culturelle impulsée par la SED. Pour elle donc, peu d’opportunités et de visibilité.
Dans la mouvance de Wolfgang Leber, Lothar Böhme, Dieter Goltzsche, Hans Vent, maîtres incontestés parmi les indépendants berlinois de la deuxième génération d’après guerre, elle a balisé son territoire, à la conquête de la vérité en peinture, la sienne, fruit de l’imprégnation d’un motif simple et familier, haussé par l’acuité du regard et la justesse des moyens mis en œuvre, à son rayonnement propre dans la lumière de l’instant qui condense tous les instants qu’il colore et modèle.
La chair de la Maryllis des sables, les prunes denses, la poire gonflée, la cruche vernissée – dimanche de l’ordinaire – sont détourées, sacrées par son regard.
De la radicale absence de sentimentalité, d’attendrissement, de joliesse, en un mot de séduction, naît une composition lapidaire dont les accords sur la rétine résonnent durablement dans le cœur et le corps tout entier.
Vie frugale, aux limites moins consenties que conquises dans l’effort et la douleur comme un espace infini et extrême.
Comme les hommes, les bêtes et les plantes des tailleurs de pierre des églises romanes, les poires, les prunes, la chair des Maryllis des sables disent – après Cézanne – le sobre prodige d’être là.
La pulpe de l’instant sur la rétine de l’œil. La poire dans l’œil.
Dans l’or du temps.

MLS.
Août 2010